Maladie cœliaque : mécanismes, diagnostic et traitement

  • 14 mars

Maladie cœliaque : mécanismes, diagnostic et traitement

  • Joris Vanlerberghe
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Maladie cœliaque : symptômes, diagnostic par anticorps et biopsies, rôle du gluten et traitement par régime sans gluten selon les recommandations gastroentérologiques.

La maladie cœliaque est une entéropathie auto-immune chronique induite par le gluten chez des individus génétiquement prédisposés. Elle se caractérise par une inflammation de la muqueuse de l’intestin grêle, la production d’auto-anticorps spécifiques et une atrophie villositaire responsable d’une malabsorption intestinale.

Le gluten est une protéine contenue dans plusieurs céréales :

  • blé

  • seigle

  • orge

Ces protéines sont partiellement résistantes à la digestion et peuvent déclencher une réponse immunitaire chez certains individus porteurs de gènes de susceptibilité.

La prévalence de la maladie cœliaque est estimée à environ 1 % de la population dans les pays occidentaux, mais une grande proportion de cas reste non diagnostiquée en raison de symptômes très variables.

Au cours des dernières décennies, l’incidence de la maladie a augmenté, en partie grâce à l’amélioration des méthodes diagnostiques et à une meilleure reconnaissance clinique.


Physiopathologie de la maladie cœliaque

Interaction entre gluten et système immunitaire

Le mécanisme central de la maladie repose sur l’interaction entre :

  1. le gluten alimentaire

  2. le système immunitaire intestinal

  3. une prédisposition génétique spécifique

Lorsque le gluten est ingéré, certaines fractions protéiques appelées gliadines traversent l’épithélium intestinal.

Ces peptides sont ensuite modifiés par une enzyme appelée transglutaminase tissulaire (tTG), qui déamide les peptides de gliadine.

Cette modification augmente leur affinité pour certaines molécules du système immunitaire :

  • HLA-DQ2

  • HLA-DQ8

Ces molécules sont exprimées par les cellules présentatrices d’antigène.

Le complexe gliadine–HLA active alors les lymphocytes T CD4+, déclenchant une réponse immunitaire intestinale.


Atrophie villositaire

La réponse immunitaire entraîne :

  • infiltration lymphocytaire intra-épithéliale

  • hyperplasie des cryptes

  • destruction progressive des villosités intestinales

Cette lésion est appelée atrophie villositaire.

Elle réduit la surface d’absorption de l’intestin grêle, entraînant :

  • malabsorption

  • déficits nutritionnels

  • troubles digestifs.

La classification histologique utilisée pour décrire les lésions est la classification de Marsh :

classification de Marsh coeliaque

Une augmentation des lymphocytes intra-épithéliaux ≥ 25 pour 100 cellules est considérée comme significative.

Facteurs génétiques

La maladie cœliaque possède une forte composante génétique.

Les haplotypes HLA-DQ2 et HLA-DQ8 sont retrouvés chez :

  • environ 97 % des patients cœliaques

  • mais aussi 40 % de la population générale.

Ainsi :

  • leur présence n’est pas diagnostique

  • leur absence exclut pratiquement la maladie

Le test génétique est donc surtout utile dans certaines situations :

  • diagnostic incertain

  • patient déjà sous régime sans gluten

  • discordance entre sérologie et histologie.


Manifestations cliniques

La maladie cœliaque peut se présenter sous de nombreuses formes.

Symptômes digestifs classiques

Les symptômes digestifs sont liés à la malabsorption intestinale :

  • diarrhée chronique

  • stéatorrhée

  • ballonnements

  • douleurs abdominales

  • perte de poids

Ces manifestations correspondent à la forme classique de la maladie.


Symptômes atypiques

De nombreux patients présentent des symptômes extra-digestifs :

  • anémie ferriprive inexpliquée

  • fatigue chronique

  • ostéoporose précoce

  • anomalies hépatiques

  • neuropathies périphériques

  • migraines

  • infertilité

Des manifestations neurologiques ou dermatologiques peuvent également apparaître.

La dermatite herpétiforme est une manifestation cutanée très spécifique de la maladie cœliaque.


Maladies associées

Certaines pathologies sont fréquemment associées :

  • diabète de type 1

  • maladies thyroïdiennes auto-immunes

  • syndrome de Turner

  • syndrome de Down

Les apparentés du premier degré d’un patient cœliaque ont également un risque accru de développer la maladie.


Diagnostic de la maladie cœliaque

Le diagnostic repose sur trois éléments principaux :

  1. sérologie

  2. biopsies intestinales

  3. contexte clinique compatible


Sérologie

La première étape du diagnostic est la recherche d’anticorps spécifiques.

Les tests utilisés sont :

  • anticorps anti-transglutaminase IgA (anti-tTG)

  • anticorps anti-endomysium (EMA)

  • anticorps anti-gliadine déamidée (DGP)

Le test de première intention recommandé est : anticorps anti-transglutaminase IgA + dosage des IgA totales.

La sensibilité des anticorps anti-tTG varie entre 63 % et 93 %, avec une spécificité pouvant atteindre 100 % selon les laboratoires.

Si un déficit en IgA est présent, il faut rechercher :

  • anti-tTG IgG

  • anti-DGP IgG.


Endoscopie et biopsies duodénales

Chez l’adulte, la confirmation diagnostique repose sur la réalisation d’une gastroscopie avec biopsies duodénales.

Les recommandations de l’American College of Gastroenterology préconisent :

  • 4 biopsies dans le duodénum distal

  • 1 à 2 biopsies dans le bulbe duodénal.

Cette stratégie est nécessaire car les lésions peuvent être hétérogènes et segmentaires.

Environ 9 à 13 % des patients présentent des lésions limitées au bulbe duodénal.


Diagnostic sans biopsie

Chez l’enfant, un diagnostic peut être posé sans biopsie si les critères suivants sont réunis :

  • symptômes compatibles

  • anti-tTG IgA > 10 fois la normale

  • confirmation par anticorps anti-endomysium

Cette approche pourrait à l’avenir être étendue aux adultes, mais elle reste encore discutée.


Traitement

Régime sans gluten

Le traitement de référence de la maladie cœliaque est : un régime strict sans gluten à vie.

Ce régime permet :

  • disparition des symptômes

  • normalisation des anticorps

  • cicatrisation de la muqueuse intestinale.

Les symptômes s’améliorent généralement en quelques semaines après l’arrêt du gluten.

Cependant, le régime est difficile à suivre en raison de la présence fréquente de gluten dans l’alimentation industrielle.


Avoine

L’avoine pure sans contamination par le gluten est généralement bien tolérée.

Cependant :

  • certaines variétés peuvent contenir des protéines immunogènes

  • une surveillance clinique est recommandée.


Probiotiques

Des modifications du microbiote intestinal ont été observées chez les patients cœliaques. Certaines études pilotes suggèrent un bénéfice potentiel des probiotiques. Cependant, les données actuelles sont insuffisantes pour recommander leur utilisation en routine.


Surveillance

La surveillance est essentielle après le diagnostic.

Elle comprend :

  • évaluation clinique

  • sérologie

  • suivi nutritionnel

  • prévention des complications.


Sérologie de suivi

La sérologie anti-tTG doit être contrôlée :

  • deux fois la première année

  • puis une fois par an.

Une sérologie persistante positive suggère généralement :

  • ingestion involontaire de gluten

  • mauvaise observance du régime.


Endoscopie de contrôle

Les recommandations suggèrent une gastroscopie avec biopsies environ 2 ans après le diagnostic afin de vérifier la cicatrisation muqueuse.

La guérison histologique est observée chez une majorité de patients, mais 20 à 30 % présentent une cicatrisation incomplète, souvent liée à une exposition persistante au gluten.


Complications

Si la maladie n’est pas traitée, plusieurs complications peuvent apparaître :

  • ostéoporose

  • carences nutritionnelles

  • infertilité

  • retard de croissance chez l’enfant

  • lymphome intestinal (EATL)


Maladie cœliaque réfractaire

Une maladie cœliaque est dite réfractaire lorsque les symptômes et l’atrophie villositaire persistent malgré un régime sans gluten strict pendant 6 à 12 mois. Elle est rare et touche moins de 1 % des patients.

Deux types existent :

Type 1

  • lymphocytes polyclonaux

  • meilleur pronostic

  • traitement possible par corticoïdes.

Type 2

  • lymphocytes monoclonaux

  • risque élevé de transformation en lymphome intestinal.

Les traitements peuvent inclure :

  • budésonide

  • immunosuppresseurs

  • chimiothérapie

  • greffe de moelle dans les formes sévères.


Vaccination et prévention

Les patients cœliaques présentent un risque accru d’infection à pneumocoque, probablement lié à un hyposplénisme fonctionnel. Une vaccination antipneumococcique est donc recommandée chez ces patients.


Conclusion

La maladie cœliaque est une entéropathie auto-immune fréquente déclenchée par l’ingestion de gluten chez des individus génétiquement prédisposés.

Le diagnostic repose principalement sur :

  • la sérologie anti-transglutaminase IgA

  • la confirmation histologique par biopsies duodénales.

Le traitement repose sur un régime strict sans gluten à vie, qui permet généralement une amélioration clinique rapide et une cicatrisation progressive de la muqueuse intestinale.

Malgré l’efficacité de ce traitement, le suivi reste indispensable afin de prévenir les complications et d’identifier les formes réfractaires.

De nouvelles approches thérapeutiques sont actuellement en cours d’évaluation, notamment :

  • enzymes digestives du gluten

  • inhibiteurs de la transglutaminase

  • immunothérapies ciblées.

Joris Naturopathe

À propos de l'auteur

Je suis Joris Vanlerberghe, naturopathe spécialisé dans les troubles digestifs et Auteur.

J’accompagne les personnes qui souffrent de troubles fonctionnels intestinaux comme le syndrome de l’intestin irritable (colopathie fonctionnelle), SIBO, IMO, dyspepsie ainsi que les personnes qui souffrent de maladies
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