Intestin irritable et alimentation ultra transformée : preuves d’un lien direct

  • Sep 16, 2025

Intestin irritable et alimentation ultra transformée : preuves d’un lien direct

Une étude 2024 sur 178 000 personnes révèle un lien clair entre syndrome de l'intestin irritable et alimentation ultra transformée.

Le syndrome de l’intestin irritable (SII) est un trouble fréquent de l’interaction intestin-cerveau. Il se caractérise par des douleurs abdominales fluctuantes, des ballonnements et des modifications du transit. Selon les critères de Rome III, environ 10,1 % de la population mondiale en souffre, et 4,1 % selon Rome IV.

Parallèlement, la consommation d’aliments ultra transformés a explosé au cours des dernières décennies. Dans les pays industrialisés, ils représentent aujourd’hui près de 50 % de l’apport énergétique quotidien. Ces produits, riches en sucres, graisses, sel et additifs, mais pauvres en fibres et micronutriments, ont déjà été associés à plusieurs maladies chroniques : diabète de type 2, maladies inflammatoires de l’intestin et cancer.

Restait à savoir si un lien existait entre intestin irritable et alimentation ultra transformée. C’est précisément l’objet de la vaste étude de cohorte publiée en 2024 dans Clinical Gastroenterology and Hepatology.


Intestin irritable et aliments ultra transformés : 178 000 participants !

L’étude s’appuie sur les données de la UK Biobank, une cohorte prospective de grande ampleur.

  • 178 711 participants sans antécédents de syndrome de l'intestin irritable, cancer, maladie cœliaque ou MICI ont été inclus.

  • L’alimentation a été évaluée à l’aide de rappels alimentaires de 24 heures (Oxford WebQ) réalisés entre 2009 et 2012.

  • Les aliments ont été classés selon la classification NOVA, qui distingue quatre catégories :

    1. Aliments non transformés ou peu transformés.

    2. Ingrédients culinaires transformés (huiles, sucre, sel).

    3. Aliments transformés simples (fromages, conserves, pain traditionnel).

    4. Aliments ultra transformés (AUT), incluant boissons sucrées, confiseries, snacks, céréales industrielles, pains et brioches emballés, viandes reconstituées et plats préparés.

Classification NOVA

Les participants ont été suivis pendant une médiane de 11,3 ans. Les cas incident de syndrome de l'intestin irritable ont été identifiés via les bases médicales nationales.


Résultats : un risque accru de syndrome de l'intestin irritable

Au terme du suivi, 2 690 nouveaux cas de syndrome de l’intestin irritable ont été recensés.

Les analyses statistiques montrent :

  • Chaque augmentation de 10 % de la part des aliments ultra-transformés dans l’alimentation entraîne une hausse de 8 % du risque du syndrome de l'intestin irritable.

  • Les participants avec une consommation plus élevée d'aliments ultra-transformés (>26,8 % de leur alimentation) avaient un risque 20 % plus élevé que ceux du quartile le plus bas (<13,8 %).

  • La relation est dose-dépendante et linéaire : plus la part d'aliments ultra-transformés est importante, plus le risque de développer un SII augmente.

Sous-groupes

L’association a été retrouvée de manière cohérente chez :

  • les hommes comme les femmes,

  • les participants de moins et de plus de 60 ans,

  • toutes les catégories d’IMC,

  • fumeurs et non-fumeurs.

Seule exception : l’association n’était pas significative chez les personnes n’ayant jamais ou plus consommé d’alcool.

Analyses de sensibilité

Les chercheurs ont multiplié les ajustements (activité physique, diabète de type 2, apport énergétique, fibres, sucres, comorbidités psychologiques comme anxiété ou dépression). Dans tous les cas, les résultats restent robustes.


Mécanismes possibles

L’étude discute plusieurs pistes biologiques reliant intestin irritable et alimentation ultra transformée :

  • Qualité nutritionnelle médiocre des aliments ultra-transformés : excès de sucres et graisses saturées, déficit en fibres, vitamines et minéraux, ce qui favorise inflammation et déséquilibres métaboliques.

  • Présence de FODMAP : (oligosaccharides, disaccharides, monosaccharides et polyols) dans de nombreux aliments ultra-transformés, pouvant accroître la production de gaz et d’eau dans l’intestin, avec ballonnements et diarrhées.

  • Microbiote et perméabilité intestinale : les additifs alimentaires comme émulsifiants, épaississants, maltodextrine, carboxyméthylcellulose) altèrent le microbiote intestinal, réduisent l’intégrité de la barrière de mucus et augmentent la perméabilité intestinale.

  • Lien indirect par comorbidités : une forte consommation d'aliments ultra-transformés est associée à un risque accru de maladie du foie gras non alcoolique (+42 %) et de dépression (+22 %), deux conditions fréquemment liées au SII.

Ces mécanismes suggèrent que les aliments ultra-transformés ne se contentent pas d’aggraver les symptômes, mais pourraient jouer un rôle direct dans la genèse du syndrome.


Implications cliniques

Les auteurs concluent que la réduction des aliments ultra transformés devrait être envisagée comme une stratégie de prévention et de gestion du syndrome de l’intestin irritable.

Même si la nature observationnelle de l’étude ne permet pas d’affirmer une causalité absolue, la cohérence des résultats, leur robustesse statistique et les mécanismes biologiques plausibles soutiennent fortement cette hypothèse.


Conclusion

Cette étude de cohorte de grande ampleur montre un lien clair entre intestin irritable et alimentation ultra transformée. Plus la proportion d'aliments ultra-transformés dans le régime alimentaire est élevée, plus le risque de développer un SII augmente, avec une relation dose-réponse significative.

Ces résultats renforcent l’idée que le degré de transformation des aliments doit être pris en compte dans les recommandations nutritionnelles, en particulier pour la santé digestive.

Joris Naturopathe

À propos de l'auteur

Je suis Joris Vanlerberghe, naturopathe spécialisé dans les troubles digestifs et Auteur.

J’accompagne les personnes qui souffrent de troubles fonctionnels intestinaux comme le syndrome de l’intestin irritable (colopathie fonctionnelle), SIBO, IMO, dyspepsie ainsi que les personnes qui souffrent de maladies
inflammatoires chroniques intestinales : maladie de Crohn ou rectocolite hémorragique

Ventre gonflé : savoir par où commencer pour dégonfler

Cet eBook gratuit permet d'avoir une trame visuelle efficace afin de savoir d'où proviennent les ballonnements, comment diagnostiquer les problème sous-jacents et quelles sont les solutions disponibles !

0 comments

Sign upor login to leave a comment