Inhibition cologastrique : comment la constipation freine l’estomac

  • 27 août 2025

Inhibition cologastrique : comment la constipation freine l’estomac

Constipation et estomac : une étude montre qu’un transit colique lent peut retarder la vidange gastrique et modifier l’accommodation via des réflexes cologastriques.

La constipation chronique n’est pas qu’un problème « bas » digestif. L’étude Cologastric Inhibition: Upper Gastrointestinal Dysfunction With Slow Colonic Transit montre que des anomalies du haut appareil, accommodation gastrique et vidange gastrique peuvent coexister avec un transit colique lent et, plus rarement, avec une dyssynergie de la défécation*. L’ensemble s’inscrit dans un réseau réflexe cologastrique où le côlon influence l’estomac via des voies neurales et hormonales.

*Le trouble fonctionnel de défécation se caractérise par une constipation avec une contraction paradoxale ou une relaxation inadéquate des muscles du plancher pelvien (également appelée défécation dyssynergique ou anisme) et/ou des forces propulsives inadéquates lors d'une tentative de défécation

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Les auteurs ont revu les dossiers de 178 adultes adressés pour constipation. Les patients ont été catégorisés selon trois profils :

  • Transit colique lent,

  • Dyssynergie de la défécation,

  • Association des deux.

Les fonctions gastriques évaluées étaient :

  • Vidange gastrique à 4 heures (méthode scintigraphique standard) et

  • Accommodation gastrique (méthode standardisée en pratique spécialisée).

Les résultats sont exprimés en pourcentage au sein de chaque groupe.

Résultats :

  • Retard de vidange gastrique à 4 heures
    • Transit colique lent : 35,6 %
    • Dyssynergie de la défécation : 20,5 %
    • Association transit lent + dyssynergie : 28 %.

  • Accommodation gastrique réduite
    • Transit colique lent : 23,7 %
    • Dyssynergie de la défécation : 26,7 %
    • Association des 2 : 24 %.

  • Accommodation gastrique augmentée
    • Transit colique lent : 24,4 %
    • Dyssynergie de la défécation : 30,1 %
    • Association des 2 : 80 %

constipation et dyspepsie
  • Le retard de vidange gastrique est plus fréquent quand il existe un transit colique lent que lorsque la dyssynergie de la défécation est isolée.

  • L’accommodation gastrique réduite est observée dans des proportions comparables entre les profils.

  • L’accommodation gastrique augmentée est particulièrement élevée dans le groupe combinant transit lent et dyssynergie, mais cette valeur doit être lue à la lumière d’un petit effectif.

Pourquoi le côlon « freine » l’estomac ?

1) Réflexes neuraux cologastriques
La distension colique liée au transit lent active des mécanorécepteurs coliques. Les afférences entériques et vagales déclenchent des signaux inhibiteurs rétrogrades vers l’estomac, diminuant la relaxation fundique post-prandiale et pouvant ralentir la vidange.

2) Modulation hormonale
Des peptides comme peptide YY, GLP-1 ou motiline ajustent la motricité. Un côlon distendu et lent peut modifier ces sécrétions, entraînant une inhibition fonctionnelle de l’estomac.

3) Réseaux myo-neuronaux
Une dysfonction des cellules interstitielles de Cajal (pacemakers gastro-intestinaux) ou des circuits entériques peut synchroniser un phénotype moteur lent du côlon avec une hypomotricité gastrique.

4) Axe cerveau–intestin
L’hypersensibilité viscérale et des boucles centrales peuvent amplifier les effets inhibiteurs, surtout dans les constipations réfractaires accompagnées de satiété précoce, nausées ou inconfort post-prandial.

Ce que ces résultats changent en pratique

  • Phénotyper la constipation :
    Transit colique lent associé plus souvent à un retard de vidange gastrique → penser à une évaluation du haut appareil si symptômes post-prandiaux.
    Dyssynergie de la défécation → traitement prioritaire par rééducation pelvi-périnéale/biofeedback.

  • Adapter les stratégies thérapeutiques :
    • Transit colique lent avec symptômes gastriques : envisager des prokinétiques ciblant estomac et côlon, hygiène digestive, gestion des repas (volumes, graisses, osmolarité, FODMAP), et éventuellement prise en charge de l’axe cerveau–intestin.
    • Dyssynergie isolée : axer la prise en charge sur la coordination recto-anale (et non sur la motilité gastrique).

  • Prudence sur l’« accommodation augmentée » : une accommodation élevée n’est pas forcément « meilleure ». Elle peut refléter une dysrégulation (p. ex. excès de relaxation fundique) et doit être corrélée aux symptômes et au contexte (notamment l’effectif réduit du sous-groupe combiné).

Un système intégré plutôt que des organes isolés

Cette étude renforce l’idée que la motilité digestive est un réseau intégré. La distension colique d’un transit lent peut inhiber la vidange gastrique par des voies neurales et hormonales, alors que la dyssynergie de la défécation trouble de coordination du plancher pelvien n’entraîne pas le même retentissement gastrique. D’où l’importance d’aligner le traitement sur le mécanisme plutôt que sur le seul symptôme « constipation ».

Conclusion

Chez les personnes constipées, le transit colique lent s’accompagne fréquemment d’une vidange gastrique retardée, tandis que les anomalies d’accommodation gastrique (réduite ou augmentée) peuvent survenir dans les trois profils mais avec des nuances importantes. Comprendre ces mécanismes cologastriques permet de personnaliser l’évaluation et la prise en charge et d’éviter les impasses thérapeutiques.

Joris Naturopathe

À propos de l'auteur

Je suis Joris Vanlerberghe, naturopathe spécialisé dans les troubles digestifs et Auteur.

J’accompagne les personnes qui souffrent de troubles fonctionnels intestinaux comme le syndrome de l’intestin irritable (colopathie fonctionnelle), SIBO, IMO, dyspepsie ainsi que les personnes qui souffrent de maladies
inflammatoires chroniques intestinales : maladie de Crohn ou rectocolite hémorragique

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