Dyssynergie ano-rectale et SIBO / IMO : un lien direct confirmé ?

  • 29 jan.

Dyssynergie ano-rectale et SIBO / IMO : un lien direct confirmé ?

  • Joris Vanlerberghe
  • SIBO
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Dyssynergie ano-rectale, anisme, SIBO et IMO : découvrez le lien entre troubles de l’évacuation, prolifération microbienne et constipation chronique.

La dyssynergie ano-rectale, aussi appelée anisme, est une cause fréquente de constipation chronique. Elle correspond à un trouble de la coordination entre les muscles abdominaux, le sphincter anal et le plancher pelvien lors de la défécation.

Le SIBO (Small Intestinal Bacterial Overgrowth) et l’IMO (Intestinal Methanogen Overgrowth) sont des formes de prolifération microbienne intestinale impliquées dans de nombreux troubles digestifs comme les ballonnements, les gaz, les douleurs abdominales et les troubles du transit.

Une étude publiée en 2025 dans la revue Neurogastroenterology & Motility a analysé de manière systématique l’association entre dyssynergie ano-rectale et prolifération microbienne intestinale, en utilisant à la fois des explorations fonctionnelles ano-rectales et des tests diagnostiques du SIBO et de l’IMO.


Dyssynergie ano-rectale (anisme) : définition et mécanismes

La dyssynergie ano-rectale est un trouble fonctionnel de l’évacuation caractérisé par une mauvaise coordination neuromusculaire lors de la défécation.

Physiologiquement, l’évacuation normale repose sur :

  • une augmentation de la pression abdominale,

  • une relaxation du sphincter anal,

  • une ouverture du plancher pelvien.

En cas d’anisme, on observe au contraire :

  • une relaxation insuffisante ou absente du sphincter anal,

  • parfois une contraction paradoxale,

  • un gradient de pression recto-anal défavorable.

Ces anomalies entraînent :

  • des efforts de poussée excessifs,

  • une sensation d’évacuation incomplète,

  • une stagnation des selles dans le rectum,

  • un ralentissement global du transit colique.

Selon les données de la littérature, la dyssynergie ano-rectale est retrouvée chez environ 27 à 59 % des patients souffrant de constipation chronique.


SIBO et IMO : rappels physiopathologiques

Le terme « microbial overgrowth » regroupe plusieurs formes de prolifération anormale dans l’intestin grêle.

On distingue principalement :

  • le SIBO, correspondant à un excès de bactéries,

  • l’IMO, correspondant à un excès d’archées méthanogènes, principalement Methanobrevibacter smithii.

Ces proliférations sont associées à :

  • une fermentation excessive,

  • une production accrue de gaz,

  • des troubles digestifs chroniques.

Les principaux outils diagnostiques utilisés sont :


Méthodologie de l’étude 2025

L’étude de Damianos et al. est une étude rétrospective menée sur deux grandes cohortes de patients.

Cohorte avec cultures d’aspirats

436 patients ont bénéficié :

  • d’une endoscopie avec prélèvement du liquide duodéno-jéjunal,

  • d’une manométrie ano-rectale,

  • d’un test d’expulsion du ballon.

Deux seuils de SIBO ont été analysés :

  • ≥ 10⁵ CFU/mL,

  • ≥ 10³ CFU/mL.

Cohorte avec tests respiratoires

637 patients ont bénéficié :

  • d’un test respiratoire hydrogène-méthane,

  • d’explorations fonctionnelles ano-rectales.

Un test était considéré positif en cas de :

  • Hydrogène ≥ 20 ppm,

  • Méthane ≥ 10 ppm.


Résultats : dyssynergie ano-rectale et SIBO

Dans la cohorte avec cultures d’aspirats :

  • 85,5 % des patients présentant une dyssynergie ano-rectale avaient un SIBO ≥ 10³ CFU/mL.

  • 64,7 % des patients présentant une constipation à transit lent avaient un SIBO ≥ 10³ CFU/mL.

La différence est statistiquement significative.

En revanche, au seuil ≥ 10⁵ CFU/mL, aucune différence significative n’est observée entre les deux groupes.


Résultats : dyssynergie ano-rectale et IMO

Dans la cohorte avec tests respiratoires :

  • 23,1 % des patients présentaient un test positif.

  • Parmi ces tests positifs, 73 % correspondaient à une production excessive de méthane.

Chez les patients avec dyssynergie ano-rectale :

  • 86,9 % des tests positifs comportaient du méthane.

Chez les patients avec constipation à transit lent :

  • 72,7 % des tests positifs comportaient du méthane.

L’IMO est donc significativement plus fréquente chez les patients présentant une dyssynergie ano-rectale.


Interprétation proposée par les auteurs

Les auteurs concluent que la dyssynergie ano-rectale est associée à un risque plus élevé de prolifération microbienne intestinale, en particulier d’IMO.

Ils indiquent que leurs résultats soutiennent l’hypothèse selon laquelle l’IMO serait davantage une conséquence de la constipation chronique qu’un facteur causal primaire.

Cette interprétation repose sur :

  • l’association entre IMO et paramètres de mauvaise évacuation,

  • la prévalence plus élevée de l’IMO dans la dyssynergie ano-rectale que dans la constipation à transit lent,

  • des données antérieures montrant qu’une amélioration du transit s’accompagne d’une diminution de la production de méthane.

Les auteurs précisent qu’il s’agit d’une hypothèse physiopathologique, l’étude restant observationnelle.


Mon commentaire

À force de consultations auprès de personnes souffrant de constipation, je me suis rendu compte que la dyssynergie défécatoire (anisme) présentait un profil très particulier. Elle est fréquemment associée à un IMO, mais il était jusqu’ici difficile de déterminer si l’IMO était à l’origine du ralentissement du transit, sachant que le méthane peut induire une diminution de la motricité intestinale, ou si, au contraire, la dyssynergie pouvait favoriser l’apparition d’un IMO.

Autant les formes classiques de constipation, qu’il s’agisse de constipation chronique fonctionnelle ou de SII avec constipation, répondent généralement bien aux prises en charge habituelles, autant la dyssynergie ano-rectale s’avère nettement plus complexe. Dans ce contexte, les stratégies visant à éradiquer l’IMO, que je considère souvent comme secondaire, ainsi que les approches diététiques classiques, se révèlent fréquemment insuffisantes.

Cette étude vient justement apporter un éclairage important en suggérant que, chez une proportion significative de patients, le trouble central serait avant tout d’ordre mécanique et neuromusculaire, au niveau de l’évacuation ano-rectale. La prolifération microbienne s’inscrirait alors dans un contexte de stase digestive, et serait donc davantage une conséquence qu’un facteur causal.

Cela permet de mieux comprendre pourquoi certains SIBO dits « résistants » récidivent malgré des traitements antimicrobiens bien conduits.


Limites et incertitudes

Les auteurs soulignent plusieurs limites importantes :

  • étude rétrospective,

  • absence de chronologie stricte entre les tests,

  • hétérogénéité des méthodes diagnostiques,

  • limites propres aux cultures d’aspirats et aux tests respiratoires,

  • absence de démonstration de causalité.

Les résultats montrent une association statistique robuste, mais ne permettent pas d’établir un lien causal direct.


Quand consulter un médecin

Une exploration spécialisée est recommandée en cas de :

  • constipation chronique sévère,

  • sensation d’obstruction rectale,

  • efforts de poussée excessifs,

  • recours à des manœuvres digitales,

  • ballonnements persistants malgré traitements.

Les examens de référence sont :

  • manométrie ano-rectale,

  • test d’expulsion du ballon,

  • Parfois défécographie.


Conclusion

Cette étude de 2025 montre que la dyssynergie ano-rectale est associée à une prévalence plus élevée de SIBO et surtout d’IMO.

Les patients présentant une prolifération microbienne ont plus fréquemment des anomalies objectives de l’évacuation ano-rectale.

Les auteurs proposent que l’IMO soit probablement liée à la stase digestive induite par les troubles de l’évacuation, plutôt qu’à un effet causal direct du méthane sur le transit.

Ces données renforcent l’intérêt d’une évaluation fonctionnelle ano-rectale chez les patients présentant des troubles digestifs chroniques associés à un SIBO ou une IMO.


Références scientifiques

Damianos JA, Matar A, Halawi H, Wang XJ, Camilleri M. Dyssynergic Defecation Is Associated With Small Intestinal Bacterial Overgrowth. Neurogastroenterology & Motility, 2025.

Joris Naturopathe

À propos de l'auteur

Je suis Joris Vanlerberghe, naturopathe spécialisé dans les troubles digestifs et Auteur.

J’accompagne les personnes qui souffrent de troubles fonctionnels intestinaux comme le syndrome de l’intestin irritable (colopathie fonctionnelle), SIBO, IMO, dyspepsie ainsi que les personnes qui souffrent de maladies
inflammatoires chroniques intestinales : maladie de Crohn ou rectocolite hémorragique

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