- 12 mars
Constipation secondaire : médicaments, maladies, alimentation et mode de vie
- Joris Vanlerberghe
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La constipation secondaire correspond à une constipation dont la cause est identifiable. Contrairement à la constipation chronique idiopathique ou fonctionnelle, elle résulte d’un facteur précis qui perturbe le transit intestinal.
Cette forme de constipation est fréquente en pratique clinique. Elle peut être provoquée par des médicaments, certaines maladies, des facteurs alimentaires ou des habitudes de vie qui ralentissent la motilité intestinale.
Le transit intestinal dépend de plusieurs mécanismes physiologiques : la motricité du côlon, l’hydratation des selles, la coordination recto-anale, le système nerveux entérique et l’équilibre du microbiote intestinal. Lorsqu’un facteur externe perturbe ces mécanismes, la progression des selles dans le côlon peut ralentir et entraîner une constipation.
Dans ces situations, la prise en charge repose principalement sur l’identification et la correction de la cause déclenchante.
Mécanismes physiologiques de la constipation secondaire
Le transit intestinal normal repose sur une succession de contractions coordonnées appelées péristaltisme intestinal. Ces contractions permettent la progression du contenu digestif dans le côlon.
Dans la constipation secondaire, plusieurs mécanismes peuvent être impliqués :
diminution de la motilité colique
augmentation de l’absorption d’eau dans le côlon
altération du système nerveux entérique
perturbation du microbiote intestinal
modification de la coordination recto-anale
Ces mécanismes peuvent être déclenchés par des médicaments, des maladies systémiques ou des facteurs liés au mode de vie.
Constipation secondaire aux médicaments
Les médicaments représentent l’une des causes les plus fréquentes de constipation secondaire. Plusieurs classes thérapeutiques peuvent ralentir le transit intestinal.
Antalgiques opioïdes
Les opioïdes (morphine, codéine, oxycodone) sont particulièrement connus pour provoquer une constipation induite par les opioïdes.
Ils agissent en activant les récepteurs μ du système nerveux entérique, ce qui entraîne :
diminution du péristaltisme intestinal
ralentissement du transit colique
augmentation de l’absorption d’eau dans le côlon
Cette constipation peut être sévère et persister tant que le traitement est poursuivi.
Antidépresseurs et médicaments psychiatriques
Certains psychotropes peuvent également provoquer une constipation :
antidépresseurs tricycliques
antipsychotiques
certains anxiolytiques
Ces médicaments possèdent souvent un effet anticholinergique, qui diminue l’activité des muscles lisses du tube digestif.
Médicaments cardiovasculaires
Certains traitements cardiovasculaires peuvent également ralentir le transit intestinal :
inhibiteurs calciques (notamment le vérapamil)
diurétiques
certains antiarythmiques
Les inhibiteurs calciques réduisent la contraction des muscles lisses du côlon, ce qui ralentit la progression des selles.
Suppléments et médicaments digestifs
Certains produits couramment utilisés peuvent également favoriser la constipation :
suppléments de fer
antiacides contenant du calcium
cholestyramine
certains antispasmodiques
Constipation secondaire aux maladies
Certaines pathologies peuvent altérer la motilité intestinale ou le fonctionnement du système nerveux digestif.
Maladies endocriniennes
Les troubles hormonaux peuvent ralentir le transit intestinal.
Hypothyroïdie
L’hypothyroïdie diminue le métabolisme général de l’organisme, ce qui peut ralentir la motilité digestive.
Conséquences possibles :
ralentissement du transit colique
diminution du péristaltisme intestinal
constipation persistante
Diabète
Le diabète peut entraîner une neuropathie autonome, qui affecte les nerfs contrôlant la motilité digestive.
Cette atteinte nerveuse peut provoquer :
ralentissement du transit intestinal
troubles de la motilité digestive
constipation chronique
Maladies neurologiques
Le fonctionnement du tube digestif dépend étroitement du système nerveux.
Certaines maladies neurologiques peuvent donc perturber le transit intestinal.
Maladie de Parkinson
La constipation est très fréquente chez les patients atteints de maladie de Parkinson et peut apparaître plusieurs années avant les symptômes moteurs.
Les mécanismes impliqués comprennent :
dysfonction du système nerveux entérique
altération de la motilité colique
accumulation de protéines alpha-synucléine dans le système digestif
Sclérose en plaques
La sclérose en plaques peut altérer les voies nerveuses qui contrôlent la motilité intestinale.
Les patients peuvent présenter :
constipation chronique
troubles de la coordination anorectale
difficulté d’évacuation des selles
Lésions médullaires
Les lésions de la moelle épinière peuvent perturber les réflexes de défécation et la coordination entre le rectum et l’anus.
Cela peut entraîner une constipation sévère.
Maladies digestives
Certaines pathologies digestives peuvent provoquer une constipation secondaire.
Par exemple :
cancer colorectal
sténose intestinale
diverticulose compliquée
Dans ces situations, une évaluation médicale est nécessaire afin d’identifier la cause et d’adapter la prise en charge.
Constipation secondaire liée à l’alimentation
L’alimentation joue un rôle important dans la régulation du transit intestinal. Certains comportements alimentaires peuvent favoriser la constipation.
Apport insuffisant en fibres
Les fibres alimentaires augmentent le volume des selles et stimulent la motilité intestinale.
Une alimentation pauvre en fibres peut entraîner :
diminution du volume des selles
ralentissement du transit intestinal
évacuation plus difficile
Les principales sources de fibres sont :
légumes
fruits
légumineuses
céréales complètes
Hydratation insuffisante
Une hydratation insuffisante peut favoriser la formation de selles dures.
Cela peut entraîner :
dessèchement des selles
évacuation difficile
ralentissement du transit intestinal
Régimes restrictifs
Certains régimes alimentaires peuvent modifier le transit intestinal.
Par exemple :
régimes pauvres en glucides
régimes hyperprotéinés
alimentation très transformée
régime hypocalorique (moins il y a de calorie, plus le mouvement intestinal diminue)
Ces régimes peuvent réduire l’apport en fibres et modifier le microbiote intestinal.
Constipation secondaire liée au mode de vie
Plusieurs facteurs comportementaux peuvent également ralentir le transit intestinal.
Sédentarité
L’activité physique stimule la motilité intestinale.
Un mode de vie sédentaire peut entraîner :
ralentissement du transit intestinal
diminution de l’activité colique
constipation chronique
Stress et facteurs psychologiques
Le système digestif est étroitement lié au cerveau via l’axe intestin cerveau.
Le stress chronique peut perturber :
la motilité intestinale
la sensibilité viscérale
la coordination digestive
Dans certains cas, ces perturbations peuvent contribuer à la constipation.
Retard volontaire de la défécation
Certaines personnes retardent régulièrement l’envie d’aller à la selle.
Ce comportement peut entraîner :
diminution du réflexe de défécation
accumulation de selles dans le rectum
constipation chronique
Diagnostic de la constipation secondaire
Le diagnostic repose sur une évaluation clinique complète.
Les éléments analysés comprennent :
prise de médicaments
maladies associées
habitudes alimentaires
niveau d’activité physique
symptômes digestifs associés
Certains signes d’alerte doivent conduire à une évaluation médicale rapide :
sang dans les selles
perte de poids inexpliquée
anémie
apparition récente d’une constipation après 50 ans
douleurs abdominales importantes
Dans ces situations, des examens complémentaires peuvent être nécessaires :
coloscopie
bilan sanguin
imagerie digestive
tests de motilité intestinale
Traitement de la constipation secondaire
Le traitement dépend de la cause identifiée.
Correction du facteur déclenchant
Lorsque cela est possible, la première étape consiste à corriger la cause :
adaptation du traitement médicamenteux
prise en charge de la maladie sous-jacente
modification des habitudes de vie
Mesures hygiéno-diététiques
Les premières mesures recommandées comprennent :
augmentation progressive des fibres alimentaires : objectif 25-30g
hydratation suffisante, objectif : 1,5-2l d'eau par jour
activité physique régulière : objectif : 30 minutes par jour
respect du réflexe de défécation
Traitements médicamenteux
Si les mesures diététiques sont insuffisantes, plusieurs traitements peuvent être utilisés :
laxatifs osmotiques
laxatifs de lest
laxatifs stimulants
agents prokinétiques
Le choix dépend du mécanisme de la constipation et de la cause sous-jacente.
Conclusion
La constipation secondaire correspond à une constipation provoquée par un facteur identifiable. Les causes les plus fréquentes sont les médicaments, certaines maladies, les habitudes alimentaires et le mode de vie.
Identifier la cause est essentiel, car la prise en charge repose principalement sur la correction du facteur déclenchant.
Dans certaines situations, un bilan médical est nécessaire afin d’exclure une pathologie sous-jacente et d’adapter la prise en charge.
À propos de l'auteur
Je suis Joris Vanlerberghe, naturopathe spécialisé dans les troubles digestifs et Auteur.
J’accompagne les personnes qui souffrent de troubles fonctionnels intestinaux comme le syndrome de l’intestin irritable (colopathie fonctionnelle), SIBO, IMO, dyspepsie ainsi que les personnes qui souffrent de maladies
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