- 24 juil. 2025
Constipation chronique : une altération du système nerveux entérique
- Joris Vanlerberghe
- Intestin irritable
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Une découverte clé sur l’origine neurologique de la constipation sévère
La constipation chronique à transit lent (ou slow transit constipation, STC) n’est pas seulement un trouble fonctionnel. D’après une nouvelle étude chinoise publiée en 2025 dans Neurogastroenterology & Motility, des anomalies structurelles du système nerveux entérique (ENS) seraient impliquées directement dans la maladie. Grâce à une méthode d’imagerie en 3D ultra précise, les chercheurs ont pu cartographier en détail les neurones du côlon chez des patients constipés, révélant une atteinte sévère dans certaines zones.
Des anomalies localisées dans les zones propulsives du côlon
L’étude a comparé des échantillons de côlon prélevés chez 10 patients atteints de constipation chronique et 20 témoins opérés pour cancer (zones non tumorales).
Résultats :
Réduction de la densité du plexus myentérique dans le côlon descendant et sigmoïde (zones motrices majeures du transit).
Diminution du nombre total de neurones entériques dans ces régions.
Ganglions plus petits et moins nombreux, preuve d’une dénervation partielle.
Déséquilibre neurochimique : chute des neurones cholinergiques (ChAT+) et excès relatif de neurones inhibiteurs à NO (nNOS+).
En revanche, les segments proximaux du côlon (ascendant et transverse) restaient relativement intacts.
Un lien direct entre lésions neuronales et sévérité clinique
Les chercheurs ont ensuite corrélé ces données à la symptomatologie des patients :
Plus le score de constipation (échelle de Wexner) était élevé, plus la densité neuronale dans le côlon sigmoïde était faible.
Le nombre de marqueurs visibles au test de transit colique était aussi fortement corrélé à la perte neuronale.
Cela suggère que les anomalies de l’ENS ne sont pas seulement présentes, mais qu’elles expliquent directement la gravité des symptômes.
Les zones les plus touchées : côlon descendant et sigmoïde
En effet, les images et données quantitatives montrent que les zones les plus atteintes sont :
Le côlon descendant
Le côlon sigmoïde
Dans ces segments, les chercheurs ont observé :
Une réduction significative de la surface occupée par le plexus myentérique (graphique K).
Une baisse nette de la densité des ganglions nerveux (graphique L).
Une diminution de la proportion de ganglions dans le plexus (graphique M).
En revanche, les côlons ascendant et transverse sont relativement épargnés, ce qui suggère une atteinte régionale sélective du système nerveux entérique.
Corrélations avec la sévérité clinique
Les altérations structurelles observées sont directement corrélées à la gravité des symptômes :
Plus la densité neuronale était faible, plus le score de constipation (Wexner) était élevé.
Le nombre de marqueurs visibles au test de transit colique (marqueurs radio-opaques non éliminés) était significativement associé à la perte de neurones dans le sigmoïde.
Ces données suggèrent que l’atteinte du système nerveux entérique n’est pas seulement présente, mais qu’elle joue un rôle causal dans la symptomatologie.
Sur l’image ci-dessus, les chercheurs ont comparé au microscope la structure fine des ganglions nerveux dans le côlon sigmoïde de sujets sains (en haut) et de patients souffrant de constipation chronique (en bas). Chez les personnes constipées, on observe visuellement moins de neurones, moins d’organisation, et surtout une surreprésentation des neurones inhibiteurs. Cette prédominance du « frein » neuronal, combinée à une perte des signaux excitateurs, reflète une désorganisation fonctionnelle du système nerveux entérique, au cœur des troubles moteurs du côlon.
Une technologie d’analyse innovante
L’étude repose sur une technique d’imagerie tridimensionnelle appelée stéréomicroscopie :
Les tissus du côlon sont étirés, éclaircis, puis colorés avec des anticorps spécifiques (HuC/D, ChAT, nNOS).
Un microscope confocal capture ensuite des images en 3D haute résolution des plexus entériques.
Une correction d’étirement est appliquée pour garantir la fiabilité des mesures.
Cette approche permet une quantification précise, contrairement aux coupes histologiques classiques.
Des pistes thérapeutiques futures
Cette étude soulève aussi la possibilité de cibler le système nerveux entérique lui-même :
Le déficit en neurones cholinergiques pourrait expliquer la perte de contractions propulsives.
L’excès relatif de neurones inhibiteurs à NO (nNOS+) pourrait freiner le transit.
Une approche thérapeutique basée sur la neuroplasticité ou la modulation chimique de l’ENS pourrait émerger à l’avenir.
Conclusion
Pour la première fois, une étude démontre de manière nette que la constipation chronique à transit lent s’accompagne de modifications profondes du système nerveux entérique, en particulier dans les zones motrices du côlon. Ces résultats pourraient révolutionner le diagnostic et le traitement de cette maladie en orientant vers une prise en charge neurofonctionnelle, et non plus uniquement symptomatique.
Source principale :
Tian G, Wang B, Kong B, et al. Stereoscopic Quantitative Analysis of Enteric Nervous System in Patients With Slow Transit Constipation. Neurogastroenterology & Motility, 2025. https://doi.org/10.1111/nmo.70128
À propos de l'auteur
Je suis Joris Vanlerberghe, naturopathe spécialisé dans les troubles digestifs et Auteur.
J’accompagne les personnes qui souffrent de troubles fonctionnels intestinaux comme le syndrome de l’intestin irritable (colopathie fonctionnelle), SIBO, IMO, dyspepsie ainsi que les personnes qui souffrent de maladies
inflammatoires chroniques intestinales : maladie de Crohn ou rectocolite hémorragique