Constipation chronique idiopathique : pourquoi un transit ralenti ?

  • 10 mars

Constipation chronique idiopathique : pourquoi un transit ralenti ?

  • Joris Vanlerberghe
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Constipation chronique idiopathique : causes du transit ralenti, critères de diagnostic et différence avec le syndrome de l’intestin irritable avec constipation.

La constipation chronique idiopathique est l’un des troubles digestifs les plus fréquents dans la population. Elle se caractérise par un transit intestinal ralenti, des selles difficiles à évacuer et une sensation d’évacuation incomplète.

Contrairement à la constipation occasionnelle, elle persiste pendant plusieurs mois et peut fortement impacter la qualité de vie.

Selon les données épidémiologiques, environ 10 à 15 % de la population adulte présente une constipation chronique. Chez certains patients, ce trouble est lié à une maladie identifiable ou à la prise de médicaments. Dans d’autres cas, aucune cause organique n’est retrouvée. On parle alors de constipation chronique idiopathique.

Comprendre ce trouble nécessite d’examiner plusieurs éléments : le fonctionnement du transit intestinal, les critères diagnostiques et la différence avec d’autres troubles digestifs comme le syndrome de l’intestin irritable avec constipation (SII-C).

Dans cet article, nous allons détailler :

  • ce qu’est la constipation chronique idiopathique

  • comment la diagnostiquer

  • les différences entre constipation chronique idiopathique et SII-C


Qu’est-ce que la constipation chronique idiopathique

La constipation chronique idiopathique (CCI) correspond à une constipation persistante sans cause identifiable après un bilan médical standard.

Le terme idiopathique signifie simplement que la cause précise du trouble n’est pas connue. Cela ne veut pas dire qu’il n’existe aucun mécanisme biologique, mais plutôt que les examens médicaux ne retrouvent pas de maladie expliquant la constipation.

La constipation chronique idiopathique (CCI) appartient aujourd’hui à la catégorie des troubles de l’interaction intestin-cerveau, anciennement appelés troubles fonctionnels digestifs.

Ces troubles sont caractérisés par :

  • un fonctionnement anormal de l’intestin

  • des perturbations du transit intestinal

  • une hypersensibilité digestive chez certains patients

  • l’absence de lésions visibles lors des examens

La constipation chronique idiopathique peut se manifester par différents symptômes digestifs :

  • moins de trois selles par semaine

  • selles dures ou très compactes

  • difficulté importante à évacuer

  • sensation d’évacuation incomplète

  • besoin de pousser fortement pour aller à la selle

  • sensation d’obstruction rectale

Chez certains patients, la constipation peut également s’accompagner de :

  • ballonnements

  • gaz intestinaux

  • sensation de ventre gonflé

C'est d'ailleurs une cause fréquente de ballonnement comme je l'ai détaillé dans l'article : ballonnements liés à la constipation

Ces symptômes doivent être présents depuis au moins trois mois, avec un début remontant à plus de six mois, pour évoquer une constipation chronique selon les critères internationaux.


Pourquoi le transit est ralenti dans la constipation chronique idiopathique

Le transit intestinal correspond au déplacement des aliments digérés à travers le tube digestif.

Après la digestion dans l’intestin grêle, les résidus alimentaires arrivent dans le côlon, où plusieurs phénomènes se produisent :

  • absorption d’eau

  • fermentation par le microbiote intestinal

  • formation des selles

  • progression des matières vers le rectum

Chez une personne ayant un transit normal, ce processus prend généralement 24 à 72 heures.

Dans la constipation chronique idiopathique, ce transit devient plus lent que la normale, ce qui entraîne une accumulation prolongée des selles dans le côlon.

Plus les selles restent longtemps dans l’intestin, plus le côlon réabsorbe de l’eau, ce qui rend les selles plus dures et plus difficiles à évacuer.

Plusieurs mécanismes peuvent expliquer ce ralentissement.

1. Un transit colique ralenti

Chez certains patients, les mouvements du côlon sont moins efficaces.

Normalement, l’intestin produit des contractions appelées mouvements péristaltiques, qui permettent de faire progresser les selles.

Dans la constipation chronique idiopathique, ces contractions peuvent être :

  • moins fréquentes

  • moins puissantes

  • désorganisées

Le résultat est un transit colique ralenti, parfois appelé constipation à transit lent.

2. Une perturbation de la motricité intestinale

Le tube digestif est contrôlé par un système nerveux appelé système nerveux entérique.

Ce réseau de neurones coordonne les contractions intestinales, la sécrétion digestive et la progression du contenu intestinal.

Dans certaines constipations chroniques, il peut exister :

  • une altération des signaux nerveux

  • une mauvaise coordination des contractions intestinales

  • une réponse réduite aux signaux de distension

Ces anomalies peuvent ralentir le déplacement des selles dans le côlon.

3. Une dysfonction de l’évacuation rectale

Chez d’autres patients, le problème ne se situe pas dans le côlon mais dans la phase d’évacuation.

Le rectum et le plancher pelvien doivent fonctionner de manière coordonnée pour permettre la défécation.

Lors de la défécation normale :

  • le rectum se contracte

  • le sphincter anal se relâche

  • les muscles du plancher pelvien s’ouvrent

Chez certains patients, cette coordination est perturbée. On parle alors de dyssynergie défécatoire.

Dans cette situation :

  • le sphincter peut rester contracté

  • les muscles pelviens ne se relâchent pas correctement

  • l’évacuation devient difficile

Cela entraîne une sensation d’obstruction et des efforts importants pour évacuer les selles.


Comment diagnostiquer la constipation chronique idiopathique

Le diagnostic repose principalement sur les symptômes cliniques, mais certains examens peuvent être nécessaires pour exclure une cause organique.

Les critères diagnostiques les plus utilisés sont les critères de Rome IV, utilisés dans les troubles digestifs fonctionnels.

Selon ces critères, la constipation chronique est définie par la présence d’au moins deux des symptômes suivants dans plus de 25 % des défécations :

  • effort de poussée important

  • selles dures ou grumeleuses

  • sensation d’évacuation incomplète

  • sensation d’obstruction anorectale

  • nécessité de manœuvres manuelles pour évacuer

  • moins de trois selles par semaine

Ces symptômes doivent être présents pendant au moins trois mois, avec un début remontant à plus de six mois.

Un élément important du diagnostic est l’absence de diarrhée spontanée en dehors de l’utilisation de laxatifs.


Les examens médicaux possibles

Dans la plupart des cas, la constipation chronique idiopathique peut être diagnostiquée sans examens complexes.

Cependant, lorsque les symptômes sont sévères ou atypiques, certains examens peuvent être réalisés.

1. Le temps de transit colique

Cet examen permet d’évaluer la vitesse du transit intestinal. Le patient avale des marqueurs visibles à la radiographie, puis une radiographie abdominale est réalisée quelques jours plus tard.

Si les marqueurs sont encore présents dans le côlon, cela indique un transit ralenti.

2. La manométrie anorectale

Cet examen mesure la pression et la coordination des muscles du rectum et du sphincter anal.

Il permet notamment de détecter une dyssynergie défécatoire.

3. Le test d’expulsion du ballonnet

Un petit ballon est introduit dans le rectum puis rempli d’eau. Le patient doit ensuite l’expulser.

Une difficulté à expulser le ballon peut suggérer une dysfonction du plancher pelvien.

4. La coloscopie

Elle n’est pas systématique mais peut être réalisée en cas de signes d’alerte, comme :

  • perte de poids inexpliquée

  • saignements digestifs

  • anémie

  • antécédents familiaux de cancer colorectal


Différence entre SII-C et constipation chronique idiopathique

La constipation chronique idiopathique et le syndrome de l’intestin irritable avec constipation (SII-C) sont deux troubles digestifs très proches.

Ils partagent plusieurs symptômes :

  • selles rares

  • selles dures

  • difficulté d’évacuation

  • ballonnements

  • inconfort abdominal

Cependant, un élément clé permet de les distinguer : la douleur abdominale.

Le rôle central de la douleur dans le SII

Dans le syndrome de l’intestin irritable, la douleur abdominale est un symptôme central.

Selon les critères de Rome IV, le diagnostic de SII repose sur :

  • une douleur abdominale récurrente

  • présente au moins un jour par semaine

  • depuis au moins trois mois

Cette douleur est associée à au moins deux des éléments suivants :

  • modification de la fréquence des selles

  • modification de la consistance des selles

  • amélioration ou aggravation avec la défécation

Dans le SII-C, les patients présentent donc :

  • constipation

  • douleurs abdominales récurrentes

  • troubles digestifs fluctuants

Dans la constipation chronique idiopathique

Dans la constipation chronique idiopathique, la douleur abdominale n’est pas le symptôme principal.

Les patients présentent surtout :

  • un transit lent

  • des selles difficiles à évacuer

  • une sensation d’évacuation incomplète

Les ballonnements peuvent être présents, mais la douleur est moins marquée et moins fréquente que dans le SII.


Un continuum entre les deux troubles

Dans la pratique clinique, la distinction entre SII-C et constipation chronique idiopathique n’est pas toujours claire.

Plusieurs études suggèrent qu’il pourrait exister un continuum entre ces deux troubles.

Certains patients peuvent présenter :

  • une constipation prédominante

  • des douleurs abdominales occasionnelles

  • des symptômes intermédiaires entre les deux diagnostics

Les mécanismes physiologiques peuvent également se chevaucher :

  • altération de la motricité intestinale

  • hypersensibilité viscérale

  • perturbations du microbiote intestinal

  • dysfonction de l’axe intestin-cerveau


Impact de la constipation chronique sur la qualité de vie

La constipation chronique peut avoir un impact important sur la vie quotidienne.

Les patients rapportent souvent :

  • inconfort abdominal

  • sensation de lourdeur digestive

  • ballonnements fréquents

  • fatigue liée aux troubles digestifs

Certaines personnes passent également beaucoup de temps aux toilettes et peuvent développer une anxiété liée au transit intestinal.

La constipation chronique peut également entraîner certaines complications :

  • fissures anales

  • hémorroïdes

  • prolapsus rectal dans les cas sévères

C’est pourquoi un diagnostic précis et une prise en charge adaptée sont essentiels.


Quand consulter un médecin

Même si la constipation est fréquente, certaines situations nécessitent une consultation médicale.

Il est recommandé de consulter en cas de :

  • constipation persistante depuis plusieurs semaines

  • douleur abdominale importante

  • sang dans les selles

  • perte de poids inexpliquée

  • apparition récente de constipation après 50 ans

Ces symptômes peuvent nécessiter des examens pour exclure une cause organique.


Conclusion

La constipation chronique idiopathique est un trouble digestif fréquent caractérisé par un transit intestinal ralenti et une difficulté à évacuer les selles.

Contrairement à certaines constipations secondaires, elle survient sans cause identifiable après un bilan médical.

Son diagnostic repose principalement sur les symptômes cliniques et les critères de Rome IV, avec parfois des examens complémentaires pour évaluer la motricité intestinale.

La distinction avec le syndrome de l’intestin irritable avec constipation (SII-C) repose surtout sur la présence ou non de douleurs abdominales récurrentes.

Comprendre ces différences est essentiel pour orienter la prise en charge et adapter les stratégies thérapeutiques.


Références scientifiques

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Joris Naturopathe

À propos de l'auteur

Je suis Joris Vanlerberghe, naturopathe spécialisé dans les troubles digestifs et Auteur.

J’accompagne les personnes qui souffrent de troubles fonctionnels intestinaux comme le syndrome de l’intestin irritable (colopathie fonctionnelle), SIBO, IMO, dyspepsie ainsi que les personnes qui souffrent de maladies
inflammatoires chroniques intestinales : maladie de Crohn ou rectocolite hémorragique

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